Comment investir face au risque d'inflation ?

7 min

Mis à jour le 25/05/2021 par alex

Inflation transitoire ou non ? Quelle que soit son issue, les investisseurs s’interrogent d’ores et déjà sur la bonne attitude à adopter en cas de phénomène plus durable.

C’est la grande peur du moment en Bourse. L’inflation, cette spirale de hausse des prix et des salaires, va-t-elle faire son grand retour ? Que faut-il en penser ? Comment décrypter cette actualité ? Découvrez-le dans cet épisode de la série "Dans la tête d'un gérant de fonds d'investissement".

À la fin de cet article, vous saurez :

  • Quel est le risque le plus important pour les marchés aujourd'hui ? 
  • Votre portefeuille d'actions est-il en danger ?
  • Comment investir pour profiter de l'inflation

Pour le moment, ce n’est qu’un frémissement. Mais les investisseurs sont sur le qui-vive. L’inflation a la particularité d’être très difficile à prévoir, tant ses moteurs sont complexes. Ses retombées en Bourse sont également très délicates à cerner. Seule certitude, si elle s’installe durablement, les banques centrales qui déversent depuis des années des flots de liquidité sur les marchés devront donner un coup de frein à ces politiques monétaire ultragénéreuse. Les marchés qui profitent des largesses des institutions monétaires devront alors se sevrer de cette manne providentielle. Si l’inflation fait son retour, ils devront également compter avec des taux d’intérêt orientés à la hausse. De peur d’être pris au dépourvu, les investisseurs se préparent déjà activement à cette double perspective.

Le risque le plus important pour les marchés

Le risque inflationniste est désormais le risque extrême le plus important pour les marchés, précise l'enquête hebdomadaire de BofA sur les flux du marché des fonds. Une proportion record de professionnels (69%) anticipe une accélération de la croissance et de l’inflation dans les douze prochains mois. Pour une très grande majorité d’entre eux l’inflation n’est pas un phénomène transitoire et les taux d'intérêt des banques centrales doivent remonter. Les investisseurs interrogés par Bank of America estiment en moyenne que les taux 10 ans américains n’entraîneront pas de véritable correction à Wall Street (plus de -10 % de chute) tant qu’ils ne dépasseront pas 2,3%.» Pour autant, cela peut venir vite. D'ici l'été, il est bien possible que le rendement du 10 ans américains ait bien des chances de passer de moins de 1,60 % aujourd'hui à 1,80/1,90 %. Résultat, les investisseurs ont ramené les positions de surpondération des actions technologiques à leur plus bas niveau depuis trois ans, précise l'enquête de BofA. Parallèlement, les obligations indexées sur l'inflation (TIPS) ont enregistré l'afflux hebdomadaire le plus important depuis 24 semaines à deux milliards de dollars, après 1,9 milliards la semaine précédente.

Votre portefeuille d'actions est-il en danger ?

Les actions se révèlent être un bon actif de couverture contre l'inflation. Mais ce hedge n’est pas parfait. Cela dépend du niveau de l’inflation. Les stratégistes de Natixis distinguent entre inflation modérée (aux Etats-Unis, en ligne avec la cible actuelle de la Fed, soit entre 2% et 3%) et une inflation forte (compris entre 3% et 6%), dans une étude consacrée à l’inflation. «En période d’inflation modérée, les actifs risqués ont relativement bien performé sur longue période», relèvent Florent Pochon et Emilie Tetard, avec des performances positives pour les indices d’actions américaines, le MSCI Monde et la quasi-totalité des secteurs. Une inflation modérée, comme elle est plutôt favorable au cycle, l'est aussi à l'égard des actions. Mais c’est aussi le cas pour le baril de pétrole et plus globalement les matières premières (indice GSCI), hors cas notable de l’or, qui réagit mieux quand l’inflation est plus élevée.

En période d’inflation élevée, au contraire, la valorisation des actions diminue parce que les investisseurs réclament un rendement plus élevé, comme pour les obligations. Les stratégistes de Natixis constatent également une hausse des indicateurs de stress dans le cas d’une inflation forte qui affecte l’ensemble des actifs. « La quasi-totalité des actifs ont souffert historiquement, à de rares exceptions comme les ‘small caps’, le secteur actions immobilier, l’or, le pétrole et le dollar», poursuivent les stratégistes de Natixis. Historiquement, les actions n’ont pas été un bon hedge dans les phases d’inflation élevée. «Les cycles d’inflation ont souvent été le principal moteur de l’évolution de la valorisation des actions, note Binky Chadha, stratégiste chez Deutsche Bank. La plupart des moments où la valorisation a été base sont liés à des périodes d’inflation élevée.» Dans les années 1970, le PER du S&P 500 a atteint un point bas de 5. Binky Chadha estime de 5% à 10% l’impact sur les actions d’une hausse de 1 ou 2 points de l’inflation, mais la correction pourrait atteindre 20% si la Fed est contrainte de réagir. De fait, les actifs réels (immobilier, or et pétrole) et les valeurs moyennes américaines semblent offrir la meilleure protection face à une forte inflation.

Comment investir pour profiter de l'inflation ?

L’inflation n’est pas d’ailleurs forcément une mauvaise nouvelle pour les marchés. Tout est question de proportion. Tant que le mouvement est contenu et lié à une reprise cyclique, c’est plutôt une aubaine. Pour Emmanuel Cau, responsable de la stratégie actions de Barclays : « les résultats des entreprises sont solides. Les actions peuvent apprendre à vivre avec une inflation plus élevée ». Pour investir sur l’« inflation », on peut recommander cinq pistes :

  1. Les entreprises liées aux produits de base (béta positif au prix des matières premières dont les prix grimpent en flèche actuellement)
  2. Les sociétés jouissant d’une forte capacité à augmenter leurs prix de vente (le pricing power), comme les marques de prestige, par exemple. L’inflation permet de faire accepter des hausses de prix aux clients finaux sans faire exploser les coûts de production. Elle stimule ainsi les marges des entreprises
  3. Les financières, qui profitent d’une hausse des taux des banques centrales
  4. Le secteur des foncières, qui avait été massacré avec la crise sanitaire. Les loyers que perçoivent ces sociétés, dès lors où ils sont payés parce que l’activité de leurs locataires-clients est repartie, sont généralement indexés sur la hausse des prix. Ces valeurs constituent ainsi souvent un rempart efficace contre l’inflation.
  5. Et, enfin, les entreprises disposant au bilan d’un fort montant de cash, car celui-ci sera mieux rémunéré.

Pour les trouver, vous pouvez effectuer un filtre par secteur sur la partie Screener de la Toolbox Co-Investir.

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